Dans son livre, Qui gardera nos enfants ? (Flammarion), Caroline Ibos, sociologue, livre: "
une enquête inédite sur les nounous africaines qui viennent garder à domicile les enfants des couples bi-actifs parisiens. Durant trois ans, fréquentant jour après jour le même square, elle a gagné la confiance d'une douzaine de femmes ivoiriennes qui se sont confiées, puis elle est passée de l'autre côté du miroir, rencontrant quelques dizaines d'employeurs français." (1)
C'est en tout cas ce que relaye l'article du Monde consacré au sujet qui résume les idées clés de cette enquête: une relation employeur/domestique asymétrique, difficile entre les mères et les nounous ; l'absence notoire du père (what else?) dans cette configuration ; une culpabilité latente de la mère qui confie son enfant à une nounou sans formation ; des demandes qui dépassent la fonction de nounou pour laquelle elle a été recrutée ; des stéréotypes à la limite du racisme ; un rapport de classes au quotidien et j'en passe...
Si cet article résume bien l'essence du livre, alors on est mal barré. Et ce pour plusieurs raisons.
Je ne peux évidemment pas contester les témoignages et confidences recueillies par Caroline Ibos. Ce que ces nounous ivoiriennes (je n'emploierai pas le mot africaines car l'Afrique ne peut être réduit à
une civilisation un pays mais là je m'égare) vivent au quotidien existe sans aucun doute. De même, ce que ces mères font vivre à ces nounous existe sans aucun doute.
Ce qui me gêne profondément c'est cette tendance de partir d'un échantillon aussi réducteur (une poignée de mamans d'un arrondissement non identifié, des nounous ivoiriennes) et de présenter les conclusions comme une vérité universelle, Française. Cette enquête, et malgré le fait qu'elle ait duré 3 ans, ne peut servir à affirmer une exception Parisienne quelconque...
Il est vrai que la sociologie est un point de vue particulier sur un sujet de société. Ce n'est pas forcément une étude sur un échantillon suffisamment large qui permet d'établir des tendances, des profils, des vérités. En l'occurrence ici, il s'agit de l'étude des relations employées-employeuses d'un microcosme parisien constitué d'une dizaine d'employeurs et de quelques nounous ivoiriennes fréquentant le même square, comme le précisé l'article. Il s'agit donc bien de l'étude d'une minorité.
Ce que Caroline Ibos détaille sans doute dans le livre doit être vrai pour cette minorité mais je ne peux imaginer que c'est la dominante générale en France. Est-ce que c'est l'article qui fait du zèle en donnant l'impression d'une vérité incontestable? Ou est-ce que le livre est écrit de la sorte? Je n'en sais rien. Je lirai bien le livre pour me faire une opinion plus fondée.
Cependant, et c'est là où je trouve l'intérêt de l'article, c'est ce que cette minorité de femmes nounous et employeuses, qui se trouvent coincée dans une lutte de classe, nous révèle une part de racisme (ordinaire?) que ces ivoiriennes subissent alors que justement, par le biais de leur travail, elles permettent à ces dames de pouvoir travailler, se réaliser, et peut-être même s'épanouir (?).
(1) http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/31/les-meres-et-leurs-nounous-je-t-aime-moi-non-plus_1636844_3224.html